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Elections en Turquie : Victoire historique des Kurdes

lundi 13 juin 2011, par Maison Populaire de Genève

Les candidats indépendants présentés par le principal parti kurde BDP pour les élections législatives du 12 juin en Turquie ont été les premiers gagnants avec 36 sièges contre 22 en 2007, malgré une campagne très inéquitable et les fraudes à travers le pays, notamment dans la région kurde.

Quinze partis ont participé à ces élections pour 7.695 candidats, y compris les indépendants. Le Parti de la justice et du développement (AKP) du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2002, a remporté 49,93 % des voix contre 46 % en 2007, s’assurant une troisième législature consécutive, mais il a perdu des sièges, 325 contre 344 en 2007. Ce résultat ne conforte pas Erdogan afin de réaliser ses projets, notamment une nouvelle constitution et le système présidentiel, sans consensus avec l’opposition, malgré sa victoire écrasante.

Les candidats indépendants du Bloc « Travail, Démocratie et Liberté », soutenu par le principale parti kurde BDP, est le premier gagnant du scrutin, envoyant 36 candidats (6,63% contre 5,24 %) au parlement contre 22 en 2007. Parmi eux figurent Leyla Zana, prix de Sakharov et Hatip Dicle, actuellement en prison, mais aussi Ertugrul Kurkcu, un leader du mouvement étudiant de 1968.

Selon les résultats le Bloc a gagné dans 17 villes : Diyarbakir (6 sur 6), Hakkari (3 sur 3), Sirnak (3 sur 3), Mardin (3 sur 3), Van (4 sur 4), İstanbul (3 sur 3), Batman (2 sur 2), Mus (2 sur 2), Urfa (1), Mersin (1), Siirt (1), Bitlis (1), Agri (1), Igdir (1), Bingol (1), Adana (1), Kars (1).

Le BDP a du présenter des candidats indépendants pour contourner le seuil électoral de 10 % des voix sur le plan national, afin d’obtenir une représentation au Parlement. Ce seuil qui est l’un des plus élevés au monde est pour but d’empêcher les kurdes d’entrer au parlement.

AKP ESSUIE UN SÉRIEUX REVERS DANS LES VILLES KURDES

Comme après les élections précédentes, le BDP formera un groupe au parlement, devenant une force incontournable pour la question kurde. La victoire kurde signifie également l’échec du gouvernement AKP dans sa politique d’ouverture, transformée en violation grave des droits de l’homme. Le premier ministre turc avait qualifié le BDP de « terroriste » et avait défendu la peine de mort en déclarant « Si c’était nous, nous aurions pendu Ocalan », commentant la peine d’emprisonnement à vie du leader kurde Abdullah Ocalan, lors de la campagne électorale.

L’AKP essuie un grand revers dans plusieurs villes kurdes, notamment à Diyarbakir, Mardin, Sirnak, Agri, Van, Bitlis, Kars et à Siirt. Cependant, le BDP a augmenté ses voix dans toutes les villes où il a présenté des candidats indépendants, sauf à Dersim (Tunceli).

FRAUDES

Des fraudes massives et violations des droits de vote ont été constatées à travers le pays, notamment dans la région kurde. Plusieurs délégations européennes ont également suivi le déroulement du scrutin au Kurdistan de Turquie. La présence des forces de l’ordre dans les bureaux de vote a été dénoncée par les délégations kurdes et européennes.

Les électeurs se sont vu obliger de voter ouvertement en présence des soldats dans plusieurs villages de Diyarbakir, Bitlis, Konya, Ardahan, Van, Urfa et de Bingol. De nombreux bulletins de vote portant un cachet pour le parti AKP a été trouvé dans des villes comme Istanbul et Izmir.

Malgré sa majorité absolue reconduite, l’électeur oblige l’AKP à chercher un consensus

Le Parti de la justice et du développement (AKP) a remporté les élections législatives du 12 juin 2011, alors que l’on relevait une participation très importante au scrutin (84% des voix). Avec 49,93% de voix, l’AKP est encore au-dessus de ses scores des législatives de 2007 (46,6%) et de 2002 (34,3%). Ce parti pourra ainsi former seul un gouvernement car il détient largement la majorité absolue au Parlement de 550 sièges, avec 326 députés. Son principal adversaire, le Parti républicain du peuple (CHP) progresse lui aussi passant de 20,8% à 25,91%, c’est son meilleur score depuis les élections législatives de 1977, avec 135 sièges. Le parti d’action nationaliste (MHP), qui ne paraissait pas assuré de franchir la barre fatidique de 10%, obtient 13% des voix (contre 14,3% en 2007), avec 53 députés.

Enfin marquant le progrès significatif du mouvement national kurde, les candidats indépendants présentés pour l’essentiel par le parti kurde BDP, qui totalisent près de 6,63% des voix au niveau national (contre 5,2% en 2007), ont obtenu 36 sièges.

En dépit de sa large victoire et du fait qu’un Turc sur deux a voté pour lui en 2011, l’AKP ne parvient pas à avoir la majorité des deux tiers (367 députés), lui permettant de réviser la Constitution par voie parlementaire. De surcroît, avec 326 sièges, il obtient un score inférieur à celui qu’il avait eu en 2007 (341 sièges). L’AKP ne profite donc ni de sa progression en voix, ni du recul du MHP qui n’aura cette fois que 53 parlementaires dans l’Assemblée (contre 70 en 2007). Recep Tayyip Erdoğan, qui avait demandé, il y a une semaine aux électeurs turcs de lui donner 367 députés pour éviter d’avoir à recourir au référendum, a donc pris acte de cette situation. Du balcon du siège de son parti, s’adressant à une foule enthousiaste, il a déclaré notamment : « Notre peuple nous a demandé de faire une nouvelle Constitution. Et il nous a adressé un message qui nous demande d’élaborer cette Constitution par la voie du consensus et de la négociation… Nous allons débattre de cette nouvelle Constitution avec les partis d’opposition, avec les organisations de la société civile et des universitaires. » Estimant que cette nouvelle charte fondamentale sera celle « des Turcs, des Kurdes » et des minorités y compris « les Roms », et faisant implicitement allusion aux critiques qui pendant la campagne, lui avaient reproché une tendance à l’autoritarisme, il a conclu : « Nous continuerons à servir le peuple pas à le dominer. »

UNE CAMPAGNE INÉQUITABLE ET NON TRANSPARENTE

La campagne a été très inéquitable pour les candidats indépendants kurdes, alors que l’AKP a mené une campagne dont le cout est inestimable et non transparent avec des affiches partout, des spots sur tous les écrans des télévisions, une armée médiatique quotidienne, appuyé par les intimidations policières.

Le BDP a été le seul parti qui n’a pas bénéficié des fonds publics pour sa campagne électorale alors qu’il formait un groupe au sein de parlement turc.

Pendant la campagne électorale des candidats indépendants, la police a semé la terreur sur les kurdes, les medias pro-gouvernementaux n’ont pas cessés de publier des fausses informations sur le BDP pour le but de criminaliser, le premier ministre turc a menacé sans arrêts et a tenté d’intimider toute opposition.

Plus de 5 000 personnes, dont environ 2 550 dans les 53 derniers jours, ont été arrêtées par la police, empêchant la campagne des candidats kurdes.

En outre, le Haut conseil électoral (YSK) avait annulé le 18 avril la candidature de sept candidats indépendants, dont Leyla Zana, présentés par le BDP pour les législatives, mais cette décision qui avait suscité la colère des kurdes avait finalement été annulée pour six d’entre eux. (www.lepost.fr, Maxime Azadi, 12 juin 2011)

http://www.info-turk.be/394.htm#Victoire


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